Une journée comme les autres
Pour Félix, tailler une haie de cèdres n’avait rien d’exceptionnel : il l’avait déjà fait des centaines de fois. C’est pourquoi ce matin du 8 août 2025, il n’hésite pas à donner un coup de main à son père.
Cette journée d’été ne semble pas différente des autres : il fait chaud, l’air est humide et un léger smog recouvre le quartier.
Debout sur une échelle d’aluminium, Félix est sur le point de terminer le travail lorsque, en une fraction de seconde, tout bascule.
« Je tombe de l’échelle. Je n’entends rien. Je ne vois rien. Je me demande ce qui se passe. Je relève la tête… et je me vois en feu. »
Coincé dans les branches, incapable de bouger ses jambes, il appelle à l’aide. Son père accourt immédiatement pour le dégager, tandis que plusieurs voisins viennent lui porter secours avant l’arrivée des premiers répondants.
Sur le moment, personne ne comprend ce qui vient de se produire. Ce n’est que plusieurs jours plus tard que Félix apprendra qu’il a été victime d’un arc électrique, un phénomène possible lorsque l’humidité de l’air permet de transporter de l’électricité au-delà du fil électrique.
Se relever grâce à toute une équipe

Après un premier passage à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, les équipes médicales constatent rapidement que Félix a besoin de soins hautement spécialisés. C’est là qu’il est transféré au CHUM.
Il se rappelle avoir franchi les portes de l’hôpital. Lorsqu’il ouvre de nouveau les yeux, quatre jours se sont écoulés.
Les médecins lui annoncent que son accident électrique lui a causé des brûlures au troisième degré sur 38 % de son corps. Trois de ses orteils ont dû être amputés, et plusieurs interventions seront nécessaires, dont des fasciotomies et des greffes de peau.
« Lorsque j’ai pris conscience que mon corps n’allait plus jamais être pareil, ça a été extrêmement difficile. J’avais du mal à me regarder dans le miroir pendant les changements de pansements. »
Les premiers jours sont particulièrement éprouvants. Les hallucinations causées par le coma artificiel l’empêchent de trouver le sommeil, et la peur de se rendormir s’installe. C’est finalement en demandant à son père de passer une nuit à ses côtés qu’il commence à se sentir mieux.
Malgré la douleur, Félix s’investit pleinement dans sa guérison. Deux semaines après son arrivée, il réussit à marcher de nouveau par lui-même, une étape qu’il n’aurait jamais imaginé franchir aussi rapidement. Après un mois d’hospitalisation, il peut commencer le travail de réadaptation.
Lorsque Félix repense à cette période, il parle autant des soins que des personnes qui les prodiguaient.
« Les infirmières étaient tellement empathiques! Quand je demandais quelque chose, je sentais qu’elles le faisaient parce qu’elles voulaient vraiment aider. J’ai aussi été marqué par un infirmier de nuit avec qui j’avais de belles discussions. »
Cette présence humaine, alliée à l’expertise de toute une équipe interdisciplinaire, lui a permis d’avancer un jour à la fois.
Une famille qui traverse l’épreuve ensemble
Si Félix garde aujourd’hui un souvenir reconnaissant des équipes du CHUM, il sait aussi que sa famille a vécu son propre combat.
Son père, qui l’a vu brûler sous ses yeux, a longtemps porté un lourd sentiment de culpabilité.
Quelques instants avant l’accident électrique, il lui avait proposé de terminer la haie à sa place.
Félix avait refusé.
Pendant des mois, son père revivra cette scène.
Sa mère, de son côté, choisit de rester toujours positive; un vrai pilier pour Félix, qui s’inspire de sa force pour avancer.
Son frère et sa sœur viennent le voir presque tous les jours, parfois au milieu de la nuit.
Ses amis défilent sans relâche à son chevet.
Même certains collègues de travail prennent la route pour lui rendre visite.
« Je n’ai jamais été seul. Ça m’a donné énormément de force de voir tout ce monde-là autour de moi. »

Reprendre sa vie, un pas à la fois

Le 31 mai dernier, Félix a participé aux cinq kilomètres de la Course des pompiers de Laval, accompagné de ses proches.
« Pour moi, c’était important de courir. Pas pour faire une grande distance. Juste être capable d’être là. »
En franchissant cette ligne d’arrivée, Félix repense au chemin parcouru depuis son accident électrique.
À cette journée d’été où il croyait ne plus jamais sentir ses jambes.
À toutes les personnes qui l’ont aidé à avancer.
« C’était comme tourner une page du livre. »
Aujourd’hui, il continue sa réadaptation avec la même détermination qui l’a porté depuis le premier jour.
Et il regarde désormais l’avenir avec confiance.
